LA REINE DES GLACES
Il y a une scène où Tonya Harding arrive sur la glace lors d’un championnat et entame sa chorégraphie de patinage artistique au rythme de Sleeping Bag de ZZ Top, loin de la musique classique considérée comme incontournable lors de ces événements. Un moment très fort qui illustre bien la démarche du réalisateur Craig Gillespie : de l’improbable histoire vraie de cette sportive américaine, il tire non pas un biopic hollywoodien propre et classique, mais une comédie décapante, cruelle, drôle et décalée.
Moi, Tonya est à l’image de son personnage féminin : un film d’une énergie folle, qui gesticule dans tous les sens pour exister et faire exister cette femme peu ordinaire, passée à côté d’un destin exceptionnel pour sombrer dans le cirque médiatique d’une Amérique hystérisée. Ce qui en fait un film à la fois hautement réjouissant et terriblement évocateur quant au pays de l’oncle Sam.
VRAIMENT FAUX, FAUSSEMENT VRAI
« Tiré d’interviews dénuées d’ironie, grandement contradictoires et totalement vraies de Tonya Harding et Jeff Gillooly ». Dès les premiers instants, Moi, Tonya annonce d’emblée son désir de jouer avec la frontière mince et irrésistible entre le vrai et le faux, plus que bienvenue tant l’histoire de la patineuse artistique est rocambolesque : celle d’une championne en herbe, première Américaine à réussir un triple axel en compétition, qui tombera de son piédestal suite à l’agression d’une concurrente commanditée par son mari, et qui finira sa carrière entre boxe, sex-tape et punchline culturelle.
Craig Gillespie avait témoigné avec l’étrange Une fiancée pas comme les autres (Ryan Gosling amoureux d’une poupée en plastique) de son amour pour les marginaux minables, mais touchants, et enfonce le clou ici avec le portrait de Tonya Harding. Redneck assumée et loseuse dans son ADN, elle fera la seule chose qui lui a été enseignée par sa mère et son environnement aussi affreux l’un que l’autre : se battre. Contre sa mère donc, contre son mari, contre son entourage, contre l’Amérique, et finalement contre elle-même. Combat perdu d’avance bien sûr, mais dans lequel elle mettra une énergie folle, telle une Don Quichotte des bouseux.
BLOOD PAS SIMPLE
Premier scénario significatif de Steven Rogers, habitué jusque là aux machins niais comme Ma meilleure ennemie, Kate & Leopold ou P.S. : I Love You, Moi, Tonya invoque à la fois les motifs du film indépendant ordinaire, et le cinéma des frères Coen lorsque l’histoire vire au petit polar absurde. La scène où les deux gangsters abrutis engagés pour casser les pattes de la patineuse Nancy Kerrigan, mettent leur plan à exécution est aussi ahurissante que drôle. Et la musique de Peter Nashel renforce encore plus le lien avec l’ambiance des films des réalisateurs de Fargo et Sang pour sang.
Margot Robbie face à elle-même
L’équilibre de Moi, Tonya est fragile, et après une première heure fantastique, le film perd de sa puissance dans la deuxième partie. Comme son personnage, il est moins question de finesse, de précision, d’économie, mais plus de cris et d’énergie. Et comme Tonya, le film surpasse ses faiblesses, d’une manière ou d’une autre. L’oeil aguerri pourra ainsi repérer des images de synthèse un peu vilaines lorsque le visage de Margot Robbie est incrusté dans les scènes sur la glace, mais la caméra virevoltante donne une telle vie à ces scènes, que c’est une victoire.
Au détour d’un plan séquence inattendu ou d’un quatrième mur brisé avec humour, au fil d’un montage remarquable (l’une des trois nominations glanées aux Oscars), le réalisateur Craig Gillespie dynamite les codes du biopic bien propre avec une malice et une générosité jouissives. Et il est aidé par un scénario qui prend un plaisir pervers à ne pas faire dans le hollywoodien de bas étage, notamment avec le personnage de la mère.
MOI, MARGOT
Tout ce qui se rapproche de près ou de loin au biopic ressemble à un boulevard pour les comédiens, comme l’a encore prouvé Gary Oldman dans Les Heures sombres. Mais Moi, Tonya brille de mille feux de ce côté, avec un casting fantastique à tous les niveaux. Même dans les seconds rôles, avec Paul Walter Hauser (mémorable scène de confessions finales) et Julianne Nicholson, méconnaissable.
Adorée par tous depuis des décennies, de Belles à mourir à À la Maison-Blanche, Allison Janney trouve un rôle d’ogresse taillé à sa mesure. Elle y apporte son incroyable énergie comique, son timing si croustillant dans les dialogues, et a certainement là l’un des grands rôles de sa longue et riche carrière. La voir enfin arriver sur le devant de la scène avec une nomination aux Oscars comme meilleur second rôle (elle l’a gagnée, oui) est la cerise sur le gâteau. Et s’il n’a pas eu les honneurs des prix, Sebastian Stan est lui aussi excellent en loser, tour à tour touchant et grotesque, attendrissant et violent.
Sebastian Stan et Paul Walter Hauser
Mais la lumière de Moi, Tonya s’appelle bien sûr Margot Robbie. L’actrice révélée dans Le Loup de Wall Street de Martin Scorsese, un peu perdue depuis dans les couloirs des studios avec Suicide Squad ou Tarzan, monte ici comme une flèche vers le sommet avec une prestation sensationnelle. Elle embrasse toute la dimension pathétique, drôle, misérable et guerrière de cette femme hors norme, touchant les bonnes notes à chaque scène, d’une pluie d’insultes face à un jury jusqu’à une parenthèse presque murmurée lors d’une confrontation terrible avec sa mère. Il y a beaucoup de raison de courir voir Moi, Tonya, mais Margot Robbie est la plus évidente.
Un excellent film, une vrai réussite, la critique décrit exactement ce que j’ai ressenti.
Margot Robbie totalement investie par le rôle est bluffante, j’espère la revoir dans de grand rôle prochainement. Elle a l’étoffe des plus grandes. Une vrai bonne surprise.
Chronique d’une famille de cas sociaux, j’ai adoré !
Ce film est magnifique, tellement ce fut génial et triste en même temps pour la fin.
Très beau travail de réalisation et d’interprétation de la bad girl de l’Amérique.
@LaRedaction
Je l’attendais cette critique !
J’ai vu le film ce samedi a Bruxelles lors d’une projection au Palais des Beaux-Arts et j’y repense encore aujourd’hui, lundi, tellement ce fut génial ! Content de voir que vous avez aimer aussi.