Après Les Linceuls, David Cronenberg pourrait bien adapter son propre livre, et ça donne forcément envie.
En amont de la présentation au Festival de Cannes des Crimes du futur, toute la critique se félicitait du retour du body-horror dans la filmographie de David Cronenberg. En effet, le réalisateur de La Mouche et Videodrome avait cessé il y a bien longtemps de triturer les replis de la chair, pour se consacrer à des récits plus dramatiques. Toutefois, son avant-dernier film les a pris à revers avec son ambiance mortifère plus proche du requiem que du film d’horreur. Plutôt que de ressasser les précédents chapitres de sa carrière, Cronenberg en a ouvert un nouveau.
Il est resté dans cette lignée avec Les Linceuls, lui aussi présenté à Cannes et dont la sortie a été datée au 30 avril 2025 en France. L’histoire d’un homme d’affaires en deuil qui invente un système permettant aux proches de personnes décédées de se connecter à elles. Chacun de ses nouveaux films traitant plus directement la thématique de la mort, beaucoup y voient les signes d’une retraite artistique. Mais le roi de la nouvelle chair n’en a pas encore fini avec le cinéma.

Cronenberg by Cronenberg
Juste après sa période dramatique, Cronenberg avait déjà refait une petite incursion dans le body-horror à travers un roman intitulé Consumés et paru en 2016 en France. Il pourrait bien en faire son prochain long-métrage, comme il l’a raconté dans une interview accordée à Monsef Sakhi dans le cadre du prestigieux Marrakech Film Festival, qui se tenait du 29 novembre au 7 décembre 2024 :
« J’ai écrit un roman, intitulé Consumés. Il y a un producteur qui pense que je devrais faire un film inspiré de mon roman, et je pense qu’il a peut-être raison. Donc, je vais commencer à écrire le scénario, et puis si ça marche, ça peut devenir mon prochain film. »

Rien de plus logique, l’univers étrange et cryptique du roman préfigurant l’austérité de ses derniers longs-métrages. Consumés raconte plus ou moins une histoire de cannibalisme chez des intellectuels français et l’obsession d’un couple de photojournalistes s’intéressant à l’affaire. Mais très vite, le récit nous perd dans des méandres de libertinage, de transhumanisme et d’infections. À l’époque, on lui avait déjà proposé de l’adapter, mais il avait refusé, comme raconté chez Numéro :
« Consumés n’est pas le pis-aller d’un film, il n’a pas besoin d’une caméra pour le valider. Cela dit, cinq ou six producteurs m’ont déjà approché pour me proposer d’adapter Consumés au cinéma, et même pour une série TV. Mais là je raisonne en romancier qui serait ravi qu’on achète l’option et les droits de son livre : donnez-moi l’argent et j’irai à l’avant-première. »
Peut-être cette nouvelle phase de son cinéma en perpétuelle mutation, débutée avec Les Crimes du futur, est-elle plus appropriée pour un tel projet. De toute évidence, la vie personnelle récente du cinéaste a largement influencé sa production artistique, notamment le décès de son épouse et collaboratrice en 2017. En 2022, il avouait avoir déjà sérieusement considéré la retraite, mais qu’il était désormais déterminé à poursuivre son œuvre. Ici, on se laisse consumer.
Mouais, il est quand même loin le temps des chefs d’oeuvre du maître canadien… et le dernier en date remonte déjà à 2007, les Promesses de l’ombre. Je n’ai pas du tout accroché à Maps to the stars, je n’ai pas encore osé regarder les Crimes du futur. Les Linceuls a l’air meilleur, à voir au printemps prochain.